02 La consommation locale : des situations variées mais des valeurs partagées

UN CONCEPT REMIS AU GOÛT DU JOUR

 

La consommation locale, considérée principalement d’essence régionale, trouve grâce aux yeux des Européens. Ils plébiscitent ses produits, leur reconnaissant de nombreux atouts. Ils la rapprochent de valeurs qui leur sont chères. Mais leur volonté de consommer local se heurte comme bien souvent au prix, un mur d’autant plus élevé que les contraintes économiques sont fortes. Pourtant, ils sont prêts à la soutenir davantage, quitte à payer un peu plus cher, à condition aussi que les pouvoirs publics accompagnent son développement.

Traiter un sujet, c’est d’abord en définir le périmètre et la réalité sémantique qu’il recouvre. Dans le cas de la consommation locale, ce périmètre est effectivement géographique mais également social et économique.

Les scandales alimentaires, comme ceux de la vache folle en Europe ou du lait frelaté en Asie, ont causé un questionnement profond chez de nombreux consommateurs à propos d’un modèle de consommation qui leur apparaissait sans limites. Il a engendré le mouvement Local First aux États-Unis, la création en France des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), de Food Co-ops au Royaume-Uni, de Groupements d’Achat Solidaire en Italie ou encore de GASAP (Groupes d’Achat Solidaires pour l’Agriculture Paysanne) en Belgique.

One Hundred Miles ! Ce défi qui consiste à essayer de s’alimenter en ne consommant que des produits cultivés ou fabriqués dans un rayon de moins de 150 kms a été lancé aux États-Unis en 2005, à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement. Le terme « locavore » est né. Deux ans plus tard, il fait son entrée au New Oxford Dictionary et est élu « mot de l’année » par l’Oxford University Press. Son étymologie qui associe « locus », le lieu, et « vorare », avaler, montre que l’endroit de la consommation prévaut sur le produit. Bien évidemment, difficile dans notre monde actuel d’être un locavore « intégriste ». Rares sont les pays européens producteurs de coton, et pourtant on y fabrique des t-shirts. Et que dire d’une Skoda assemblée en République tchèque et d’une Toyota en France ? Quelle est leur nationalité ? Peut-on les considérer comme des produits qui satisfont aux exigences des locavores ?

 

LE PRODUIT LOCAL : RÉGIONAL À L’OUEST, NATIONAL À L’EST

 

Les Européens se font une idée claire et précise de ce que recouvre le caractère local d’un produit.

En moyenne, 64 % considèrent qu’il s’agit d’un produit fabriqué dans la région où ils vivent. 31 % estiment que local rime avec national. Seulement 5 % lui attribuent une dimension européenne, invitant à prendre avec modestie la notion de marché unique.

 


 

Pour autant, il existe des façons très différentes de voir les choses. Allemagne, Espagne, Autriche, Italie, France et Portugal forment le club des 6 des « régionalistes », avec des scores pour la plupart très supérieurs à la moyenne européenne (respectivement 85 %, 81 %, 79 %, 76 %, 75 % et 65 %). À l’inverse, plusieurs pays de l’est de l’Europe considèrent un produit local comme étant d’abord national, avec un point de vue particulièrement affirmé en Bulgarie et République tchèque (72 % et 66 %). Au milieu du gué, la Grande-Bretagne ne tranche pas dans ce débat (46 % régional, 48 % national) tout comme, dans une moindre mesure, la Pologne, le Danemark et la Belgique. Notons aussi qu’un trio fait entendre une voix singulière. Slovaquie, République tchèque et Roumanie valorisent, toutes proportions gardées, le caractère européen d’un produit local (34 %, 22 % et 17 %).

 

UNE CONSOMMATION APPRÉCIÉE…

 

Les Européens accordent aux produits locaux un large satisfecit.

Aucun doute, ils plaisent. 89 % des Européens le déclarent. Autrichiens, Allemands, Italiens et Roumains se montrent les plus séduits (93 %, 92 %, 92 % et 90 %). Norvégiens et Danois affichent un enthousiasme plus tempéré (74 % et 79 %).

84 % apprécient leur qualité, avec une fois encore les Allemands et les Autrichiens, mais aussi les Français pour la souligner (89 %, 91 % et 91 %). Les Bulgares se démarquent nettement de cette opinion positive en étant seulement 50 % à louer la qualité des produits locaux.

Autre point positif mis en évidence, le respect des conditions et des procédés de fabrication souligné par 81 % des personnes interrogées, avec des Français enthousiastes et des Bulgares plus circonspects (87 % vs 52 %).

 

… PORTEUSE DE VALEURS

 

Forte de ses qualités, la consommation locale s’est imposée dans l’univers consumériste des Européens.

 

Une attention délibérée portée à la consommation locale

Seulement 17 % des Européens déclarent que c’est un sujet auquel ils ne prêtent pas attention. L’indifférence est relativement plus grande au Royaume-Uni (28 %). Cette attitude est déclinée par le Portugal et l’Italie (8 % et 10 %).

Sensibles à la consommation locale, près du quart des Européens la considère comme un objectif qu’ils se fixent délibérément. C’est particulièrement le cas en Espagne où la moitié des consommateurs veut consommer local. Les Britanniques et les Polonais sont les moins mobilisés (16 %). Les consommateurs dans leur ensemble soulignent également sa pérennité puisque seulement 6 % estiment que c’est un effet de mode.

 

Défendre l’environnement, un idéal inégalement partagé

Cette sensibilité repose sur des valeurs dûment identifiées. À travers la consommation locale, les Européens voient en premier lieu une bonne façon de défendre l’environnement. 42 % partagent ce point de vue. Mais derrière ce résultat, on distingue deux groupes de nations aux intentions fort différentes. D’un côté les pays à la maturité environnementaliste avérée, où les problématiques de cette nature font l’objet de débats politiques, de mesures et d’actions concrètes, où la notion économique de circuit court n’est plus réservée aux seuls spécialistes. C’est particulièrement vrai en Suède (61 %), en Allemagne et en Autriche (55 %) et en Italie (47 %). De l’autre, les pays de l’est de l’Europe pour l’essentiel, rejoints par le Portugal, où le développement économique n’est pas encore synonyme d’écologie. Ainsi, seulement 16 % des Bulgares et 22 % des Roumains trouvent en la consommation locale l’opportunité de faire un geste pour l’environnement.

 

Une fierté nationale, surtout à l’est

En revanche, ces mêmes pays affichent une réelle volonté patriotique à travers la consommation locale. Pour 35 % des Polonais et 34 % des Roumains, c’est particulièrement le cas. Notons que le couple austro-allemand partage aussi ce sentiment de fierté nationale (33 % et 32 %). Les Italiens ne sont que 14 % à souhaiter défendre de cette manière les couleurs de leur pays, à l’instar de la plupart des pays nordiques.

La fierté et le devoir constituent ensuite les deux autres valeurs revendiquées par les Européens (20 %). Une fierté pour la plupart des Européens de l’est, la conviction personnelle étant ainsi en harmonie avec le sentiment patriotique. 30 % des Roumains et 27 % des Tchèques et des Bulgares en font état. Un devoir surtout pour les Portugais et les Italiens, et dans une moindre mesure les Français (45 %, 34 % et 25 %). La majorité des autres nations enregistre un score inférieur à la moyenne, la Suède étant la moins concernée (9 %).

 

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